"La fin d'une sombre période de l'histoire irakienne": c'est ainsi que la chaîne Irakiya annonçait samedi la mort de l'ancien dictateur Saddam Hussein, exécuté par pendaison à Bagdad avant le lever du jour.
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Conduit menotté à la potence, l'ancien raïs, entièrement vêtu de noir, a refusé de porter une cagoule, et alors que la corde allait être passée autour de son cou, a crié "Dieu est grand".
S'il s'est débattu lorsqu'il a été emmenée de sa cellule, dans une prison américaine, jusqu'à la salle de l'exécution, Saddam Hussein s'est montré calme dans ses derniers instants, témoignait Sami al-Askari, conseiller politique du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, qu'il représentait lors de l'exécution.
Après que son chapeau lui eut été ôté, celui qui a dirigé l'Irak pendant près de trois décennies n'a pas souhaité parler, mais a répété une prière dite par un imam sunnite. Puis, alors que la corde allait être passée autour de son cou, et après avoir refusé de se laisser couvrir la tête, il s'est écrié "Dieu est grand. La nation sera victorieuse et la Palestine est arabe", a raconté M. Al-Askari.
Le conseiller du Premier ministre a précisé que le gouvernement n'avait pas encore décidé ce qu'il ferait du corps de Saddam Hussein.
Après l'annonce de l'exécution, rapportée par la télévision nationale Irakiya, Bagdad était relativement calme. Dans le quartier chiite de Sadr City, quelques personnes ont tiré des coups de feu en l'air pour célébrer la nouvelle.
Le conseiller à la sécurité nationale Mouwafak al-Rubaie, qui a assisté à l'exécution, a précisé que le demi-frère de Saddam Hussein, Barzan Ibrahim, et l'ancien chef du Tribunal révolutionnaire, Awad Hamed al-Bandar, n'avaient pas été exécutés, comme rapporté initialement par la chaîne Irakiya.
M. al-Rubaie a précisé que les deux hommes seraient exécutés après la fête musulmane de l'Aïd el-Adha (Aïd el-Kebir), qui a débuté samedi au lever du soleil et doit prendre fin dans la première semaine de janvier.
"Nous voulions (que Saddam) soit exécuté en un jour spécial", a-t-il expliqué à la chaîne Irakiya. "Saddam a été traité avec respect lorsqu'il était vivant et après sa mort", a-t-il ajouté, précisant que "l'exécution de Saddam a été 100% irakienne, et la partie américaine n'a pas interféré".
"Il s'est totalement soumis", a-t-il ajouté lorsqu'il était interrogé pour savoir si l'ex-raïs avait résisté.
Selon le conseiller à la sécurité nationale, un juge a lu la sentence à Saddam Hussein, qui a été conduit menotté dans la salle d'exécution. Lorsqu'il se trouvait dans cette salle, des photos et des enregistrements vidéo ont été pris.
"Il n'a rien demandé. Il avait un Coran, et a dit: 'Je veux que ce Coran soit donné à cette personne', un homme qu'il a appelé Bander", a ajouté Al-Rubaie, qui a assuré ne pas savoir qui était désigné par Bander.
Mariam al-Rayes, expert légal et ancien membre du parlement irakien, a pour sa part déclaré à Irakiya que l'exécution "a été filmée et si Dieu le veut sera diffusée. Il y avait une caméra présente, et un docteur était présent aussi".
Alors que des chansons nationales étaient diffusées à l'antenne, un bandeau sur l'écran d'Irakiya disait: "L'exécution de Saddam marque la fin d'une sombre période de l'histoire irakienne".
Cette période aura duré près de quatre décennies, puisque Saddam Hussein était l'homme fort de l'Irak depuis la fin des années 1960. Renversé quelques semaines après l'invasion de l'Irak par la coalition conduite par les Etats-Unis, en mars 2003, il avait été arrêté le 13 décembre de la même année.
Traduit en justice, il avait été condamné à mort par pendaison le 5 novembre pour les crimes contre l'humanité commis en 1982 avec le massacre de 148 chiites à Doujaïl. Cette condamnation avait été confirmée mardi par le juge de la Cour d'appel, Mounir Haddad.
Vendredi, ses avocats avaient tenté une dernière fois de faire reporter son exécution, en déposant un recours devant une juge de Washington. Il souhaitaient profiter des droits offerts à l'ex-raïs par une plainte civile dont il faisait l'objet aux Etats-Unis pour obtenir une suspension temporaire de la procédure.
Moins d'une heure avant celle prévue de l'exécution, vers 6h en Irak (3h GMT), la juge Colleen Kollar-Kotelly avait rejeté la demande des avocats, expliquant qu'il n'appartenait pas aux tribunaux américains d'interférer dans les processus juridiques de pays étrangers.
Auparavant, Nouri al-Maliki avait également rejeté les appels pour épargner Saddam Hussein, déclarant aux familles des personnes tuées sous son régime qu'il s'agirait d'une insulte aux victimes.
"Notre respect des droits de l'homme requiert que nous l'exécutions, il n'y aura ni retour ni délai dans le déroulement de la sentence", avait expliqué le Premier ministre irakien lors d'une rencontre avec les familles, selon des propos rapportés par son bureau.