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    Par Martin Godon, Collège du Vieux Montréal.

     

    Introduction

     

    Selon la théorie du naturaliste Charles Darwin (1809-1882), tous les êtres vivants qu’on retrouve sur Terre sont le produit d’une longue série de transformations biologiques qu'on appelle évolution. De cette manière, Darwin explique la diversité des espèces vivantes et leur métamorphose en d’autres espèces nouvelles uniquement à partir de causes matérielles.  Cette théorie s’oppose radicalement à l’idée selon laquelle c’est Dieu qui aurait directement créé la Terre et tous les êtres qui la peuplent. La place de l’être humain dans l’univers prend donc une toute nouvelle signification à partir de Darwin,  car, désormais, il n’est plus le « centre » de la création. L’espèce humaine n’est rien de plus qu’une espèce animale elle-même issue de d’autres espèces animales.  Bref, on prétend maintenant que l’homme descend de singes ayant vécus il y a quelques millions d’années.  Si, aujourd’hui, l’opposition entre la doctrine de l’évolution et celle de la création par Dieu suscite moins d’embarras, Darwin, lui, a manifesté une inquiétude sérieuse à propos de l’opposition qu’on trouve entre sa théorie et la bible. 

    Par ailleurs, lui-même parlait toujours de sélection naturelle.  Il semble que ce soit le philosophe anglais Herbert Spencer (1820 – 1903) qui ait popularisé l’usage de l’expression « théorie de l’évolution » pour désigner la doctrine de Darwin. Au cœur de celle-ci, il y a deux principes importants : la lutte pour l’existence et la sélection naturelle. 

     

    Avant Darwin

    Les penseurs de l’antiquité gréco-romaine n’ont pas élaboré l’idée d’une nature en évolution, mais certains d’entre eux avaient tout de même émis à titre hypothétique des idées qui s’approchent de quelques aspects de la théorie de Darwin.  Par exemple, plusieurs Présocratiques, tels Héraclite et Empédocle, prétendaient que l’univers se transforme sans arrêt.  Plus tard, Épicure et Lucrèce vont enseigner une doctrine selon laquelle le hasard intervient d’une certaine façon dans le développement de la nature.

    Au quinzième siècle, Léonard de Vinci imagine que des transformations successives de la terre et des êtres vivants expliqueraient la présence de fossiles marins en montagne.

    Les chercheurs qui ont élaboré des hypothèses et des théories qui ont dû influencer la réflexion darwinienne sont assez nombreux. Carl Von Linné (1707 – 1778), Buffon (1707 – 1788) et Georges Cuvier (1769 – 1832) ont tous plus ou moins adhéré à l’idée que des transformations limitées affectaient peut-être les êtres vivants. 

    En 1744, Buffon annonce que l’âge de la Terre serait d’environ 74 000 ans, un calcul qui nous éloigne beaucoup du calcul biblique selon lequel Dieu aurait créé le monde il y a un peu plus de 5 000 ans. Disciple de Buffon, Lamarck (1744 – 1829) formula une théorie du transformisme qui explique l’évolution des êtres vivants depuis l’origine en tenant compte d’une progression qui irait du plus simple au plus complexe. Notons enfin que Darwin cite parfois les travaux du naturaliste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 

     

    Les variations

    Tout d’abord, Charles Darwin va s’étonner de la grande diversité des espèces vivantes.  Il remarque que les individus d'une même espèce ne sont pas totalement identiques et observe chez certaines espèces un très grand nombre de variations légères qui peuvent se transmettre d’une génération à l’autre. Par sa théorie, il va démontrer que l’apparition de nouvelles espèces vivantes se fonde sur ce phénomène des variations biologiques. 

    Darwin prétend que l’être humain ne peut empêcher ni produire ces variations. Nous pouvons seulement jouer avec les variations déjà possibles. À ce sujet, signalons que la science actuelle a découvert des procédés qui permettent d’empêcher ou de produire une infinité de variations. Néanmoins, la variabilité des individus ne peut expliquer à elle seule la formation des espèces. Toutes les variétés dans les espèces et entre les espèces procèdent de la sélection naturelle et de la lutte pour l’existence. 

     

     

    La sélection naturelle

    Pour nous faire comprendre les principes qui déterminent le processus de l’évolution, le naturaliste anglais va nous rappeler que depuis plusieurs milliers d’années, l’être humain procède lui-même à un travail de sélection envers de multiples espèces végétales et animales. En additionnant peu à peu, par des croisements domestiques, les variations héréditaires que la nature nous fournit nous sommes arrivés à produire une grande diversité de races (de chiens et de chevaux par exemple) qui sont mieux adaptées à nos besoins. La découverte la plus importante du naturaliste anglais est d’avoir remarqué qu’un processus s’apparentant à cette pratique de sélection artificielle existe dans la nature. 

    En observant la multiplicité des formes vivantes dans la nature, on constate que les différentes caractéristiques affectant le corps des animaux et des plantes peuvent se transmettre par hérédité, ce qui constitue le point de départ du processus de sélection naturelle.   Darwin va distinguer trois sortes de variations : a) celles qui sont nuisibles; b) celles qui sont favorables; c) celles qui sont sans incidences.

    Il va ensuite affirmer que les variations pouvant entraîner la disparition des individus concernés tendent à disparaître tandis que celles qui procurent certains avantages aux individus concernés tendent à se transmettre.  Autrement dit, les êtres qui sont mieux adaptés à leur environnement ont tendance à survivre plus longtemps et à se reproduire en transmettant leurs caractéristiques à leur descendance tandis que ceux qui sont moins adaptés à leur milieu  ont tendance à disparaître.  Souvent, on va résumer ce processus de sélection naturelle en parlant de la persistance du plus apte.  Il est important de se rappeler que ce n'est pas nécessairement l’être le plus fort qui survit et se reproduit, mais celui qui est le mieux adapté à son habitat. 

    Ainsi, dans le cadre de la sélection artificielle, l’être humain choisit les caractéristiques qu’il veut voir se perpétuer tandis que dans la sélection naturelle c’est le degré d’adaptation au milieu qui détermine tout d’abord quelles sont les variations qui vont se transmettre. Par cette théorie Charles Darwin est en mesure d’expliquer la diversité et la richesse de la nature à partir d’un ancêtre commun. Désormais, il est également capable de fournir une explication satisfaisante à propos de l’extinction de certaines variétés.

     

     

     

    La sélection sexuelle

    Ce que Darwin nomme sélection sexuelle constitue aujourd’hui encore un aspect assez controversé de la théorie de l’évolution.  Selon le naturaliste anglais, il y aurait une concurrence entre les mâles pour l’accès aux femelles chez plusieurs espèces animales.  Dans ce contexte, ceux qui possèdent certains attributs ou ceux chez qui certaines caractéristiques sont particulièrement mises en valeur attirent plus facilement les femelles.  Ils ont alors la possibilité de transmettre leur bagage héréditaire à une descendance.  Selon Darwin, les caractéristiques de ceux qui arrivent difficilement à séduire les femelles ont ainsi tendance à disparaître.

     

     

    La lutte pour l’existence

    Partout, la vie foisonne. En observant comment se déploient les diverses formes vivantes dans leur milieu naturel, Darwin constate que chaque génération tend à se multiplier, ce qui devrait produire une surabondance d'êtres dans la nature. Cependant, l’espace et la nourriture sont limités. Il est donc nécessaire qu'ait lieu une destruction permanente des êtres qui vivent dans la nature. Comme tous ne peuvent survivre, il en résulte une concurrence féroce entre les individus d’une même espèce tout comme entre chaque individu de chaque espèce. La lutte pour l’existence naît des limites inhérentes à un milieu écologique et à la tendance de la multiplication propre à toutes les espèces.

    Cette lutte conduit à la survie des individus et des espèces les mieux adaptés à leur milieu. On constate qu’il y a une influence de la lutte pour l’existence sur la sélection naturelle et la sélection sexuelle : ce sont les variations qui procurent un avantage dans les rapports aux autres ou dans le rapport à l’environnement qui tendent à se préserver.

     

     

     

    Les développements de la théorie de l’évolution depuis Darwin

    Depuis la publication du livre de Darwin sur l’origine des espèces, la théorie de l’évolution a connu divers développements.  Certains heureux, d’autres plus malheureux. 

    Le premier développement significatif à souligner est l’apparition de ce qu’on a appelé le darwinisme social. Cette théorie sociopolitique est née lorsqu’on a appliqué à la société humaine en général certaines notions capitales de la théorie de l’évolution. Certains penseurs du dix-neuvième siècle ont cru qu’on pouvait produire une amélioration du bien-être de l’humanité en partant de l’idée de lutte pour l’existence. Selon cette théorie, par exemple, l’humanité serait moins malheureuse si on empêchait les insouciants et les pauvres de procréer. Dans ce contexte, tout principe d’égalité est impossible, voire nuisible à l’espèce humaine. De là, quelques penseurs on cru qu’une une liberté individuelle radicale favorisant la concurrence pourrait faire naître une race supérieure qui en viendrait à supplanter toutes les autres. Cette idée de sélection sociale a inspiré les pires totalitarismes du vingtième siècle.  Qu’on pense à Hitler (sélection par la race) et Staline (sélection par les classes sociales).

    S’inspirant de la théorie biologique de Darwin, le philosophe anglais Herbert Spencer (1820 – 1903) a appliqué l’idée de la survie du plus apte à la morale, la politique et la psychologie. Il s’oppose à l’intervention de l’État dans les affaires sociales et économiques. En contrepartie, le philosophe français Henri Bergson (1859 – 1941) critiquera radicalement le darwinisme social sans remettre en doute la théorie de l’évolution sur le plan biologique. 

    Interprétant d’une façon particulière les notions de lutte pour la survie et de sélection naturelle, la doctrine de l’eugénisme est apparue à la toute fin du dix-neuvième siècle. Selon ce système, il faut améliorer l’espèce humaine à partir de bases génétiques. En exagérant les inégalités organiques et mentales, nous pourrions produire une humanité supérieure. À cet égard, les penseurs eugénistes voulaient favoriser la reproduction de ceux qui possèdent des gènes avantageux et empêcher la reproduction de ceux qui possèdent des gènes désavantageux.  On conçoit aujourd’hui à quel point il est problématique de distinguer entre les gènes avantageux et les autres.

    Entre 1930 et 1950, plusieurs scientifiques provenant de disciplines diverses ont construit une théorie synthétique de l’évolution.  Ainsi, des généticiens (Theodosius Dobzhanski), des biogéographes (Ernst Mayr), des paléontologues (George Gaylord Simpson) et des biologistes (Julian Huxley) ont fabriqué une synthèse de l’histoire de la Terre en tenant compte des données de chacune de leur discipline respective.  Leur point de départ a été la rencontre de la théorie de la sélection naturelle et de celle de Mendel, un moine autrichien qui a découvert les premières lois de la génétique en 1865. Cette synthèse contemporaine de la théorie de l’évolution s’est développée jusqu’à la fin du vingtième siècle. 

    Depuis 1950, des penseurs comme Stephen Jay Gould, Edward O. Wilson et Denis Buican ont proposé des modifications à certains aspects de la théorie de Darwin.

     

    Conclusion

    Plusieurs scientifiques ont formulé de nombreuses critiques à l’égard du darwinisme. Pourtant, tous considèrent la théorie de la sélection naturelle comme le noyau de la théorie de l’évolution et elle est maintenant admise par l'univers scientifique au grand complet malgré quelques réticences dans certains milieux religieux plus radicaux.

      

    Par ailleurs, la théorie de l'évolution n'est pas un système de croyance comme la mythologie ou la religion. Il s'agit plutôt du nom que nous avons donné à l'explication la plus vraisemblable que l'humain ait trouvé au sujet de l'apparition de la vie sur Terre et de ses transformations.  Charles Darwin ne voyait pas de gouffre infranchissable entre l’humain et l’animal. Ainsi, selon sa théorie, l'être humain est le résultat d’un très long processus de sélection naturelle et de lutte pour la survie. C’est donc à partir de cette explication qu’on affirme désormais que l’être humain provient d'une sorte d'homme-singe aujourd'hui disparu.   

    Si les diverses créations de l’être humain témoignent de la complexité de notre être biologique, il semble bien que nous n'avons pas été programmés dans la nature. Nous ne sommes pas le but de l'évolution. L’évolution ne va nulle part, elle est sans but. Ce n’est pas une sorte de puissance suprême qui choisirait de manière consciente les espèces qui doivent exister et celles qui doivent disparaître.  L’évolution n’obéit pas à une volonté supérieure ou à un projet qui serait inscrit dans les profondeurs de l’être de la nature.  Le processus de l’évolution n’est pas une cause. Il s’agit plutôt de la conséquence d’une série d’événements biologiques qui s’organisent autour du phénomène de sélection naturelle et de lutte pour la survie qui affectent tout être vivant sans exception.  En outre, l’évolution ne semble pas se diriger inévitablement vers une forme de progrès.  Il s’agit plutôt d’un cheminement qui favorise les êtres les mieux adaptés à leur milieu. Néanmoins, plusieurs penseurs prétendent que le processus de sélection naturelle favorise une certaine complexification des formes vivantes. De toute façon, on peut difficilement prévoir ce qu'il en sera après nous, bien qu’on puisse imaginer l’apparition d’espèces ayant une structure biologique de plus en plus complexe.

    Enfin, Darwin prétend que la civilisation court-circuite la bonne marche de la sélection naturelle. Le développement de la société humaine est influencé par la lutte pour la survie et la sélection naturelle, mais également par beaucoup d'autres facteurs.  Si Darwin privilégie le rôle de la sélection naturelle en ce qui concerne l’apparition de l’espèce humaine, il admet aussi que d’autres éléments  influencent notre développement.


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